Peter BEARD (Né en 1938)

Lot 31
150 000 - 250 000 EUR

Peter BEARD (Né en 1938)

HEART ATTACK CITY, 1972-1999
Tirage argentique, sang, aquarelle et encre sur papier
Signé en bas à droite de la photographie
Titré en bas de la photographie
Situé Nairobi en bas à droite de la photographie
Annoté en bas de la photographie
Pièce unique
90,5 x 117 cm - 35.62 x 46.06 in.

Gelatine-silver print, blood, watercolor and ink on paper
Signed on the photograph (lower right)
Titled on the photograph
Located Nairobi on the photograph (lower right)
Annotated on the photograph
Unique piece

Provenance
- Galerie Kamel Mennour, Paris
- Collection particulière, Paris (acquis auprès de la galerie précitée en 1999)

Exposition
- Peter Beard, 28 Pièces, Galerie Kamel Mennour, Paris, 9 décembre 1999 au 28 février 2000

Bibliographie
- Peter Beard, 28 Pièces, Editions Mennour, Paris. Oeuvre reproduite en double-page de l'ouvrage, sans pagination
L'authenticité de cette oeuvre nous a été aimablement confirmée par le Studio Peter Beard
Nous remercions le Studio Peter Beard pour les informations qu'il nous a aimablement communiquées sur cette oeuvre

Peter BEARD (Né en 1938)

Comme le reflet inattendu de la grâce originelle où les ombres viennent à notre rencontre avec le frisson inévitable des blessures invisibles, l’art de Peter Beard fait jaillir de la glaise le premier sommeil de l’Afrique qui a éclairé notre cœur. Cette terre pour laquelle le sien s’est arrêté de battre il y a plus de soixante ans, avec le bonheur indicible d’un homme qui s’attache à un coin de terre comme on s’éveille à une nouvelle aurore, imprègne tout l’Œuvre de l’artiste et nourrit chaque nuance de sa pensée.
Avec un silence imposant, ses photographies, véritable substrat de son art, stigmatisent les vertus conquérantes de l’homme occidental depuis le tracé du chemin de fer de Mombasa « le serpent d’acier » par le biais duquel les étrangers, leurs capitaux, leur technologie, lacérèrent le cœur de l’Afrique. « Plus profondément l’homme blanc y pénétra, plus rapidement la vie s’en écoula » écrit Peter Beard dans son ouvrage magistral The End of the Game, commencé dès 1955, dans lequel il lance un vibrant appel pour le paradis que les hommes sont en train de perdre.
Sa terre douloureusement crépusculaire est celle de Karen Blixen (auteur d’Out of Africa), McKinder (premier homme à avoir réalisé l’ascension du Mont Kenya), Hunter (ange gardien animalier), Hemingway. Ce livre dévoile ses nuits lentes à retracer l’histoire de ces héros silencieux, les lunes gibbeuses de ses premiers matins de chasse (toujours pour nourrir les hommes), l’équilibre naturel et subtil entre les indigènes, la nature et les fauves « car si les individus meurent, la nature a toujours veillé à ce que les espèces et les cycles survivent » révèle-t-il dans son journal intime, qui ne l’a jamais quitté. Et puis, il y eut ce jour de 1972 où il survola le parc de Tsavo et découvrit l’horreur d’un charnier d’éléphants, qui changea à jamais sa vie. De l’abondance des massacres naquit ainsi sa lutte.
Francis Bacon, rencontré lors d’un vernissage à la Marlborough Gallery de Londres, lui confi e à quel point il fut touché par le sort des pachydermes en découvrant son ouvrage, et l’invite dans son atelier pour discuter (le photographe, lors de sa venue, s’aperçoit que beaucoup de ses tirages jonchent le sol de l’atelier du peintre) et pour faire son portrait. Car Peter Beard est un Tarzan moderne (surnom dont l’affubla Andy Warhol), aussi à l’aise dans la brousse que dans les soirées new-yorkaises, où il côtoie Truman Capote et les Rolling Stones avec lesquels il partit en tournée. Ses carnets quotidiens évoluent en œuvres d’art labyrinthiques dans lesquels s’enchevêtrent des tirages photographiques, des anecdotes à l’encre à la périphérie de ces derniers. Plus rares sont ceux où l’artiste dépose son sang, les œuvres n’en sont que plus précieuses, comme une empreinte vitale.
Cette œuvre est une icône absolue en ce que Marilyn et l’Afrique s’étreignent dans un paradoxe magnifi que, rencontre irréelle du fantasme interplanétaire et du monde sauvage. Au sein de cette dichotomie, l’artiste crée pourtant un rapprochement ontologique inexorable : celui de leur disparition imminente. Cette beauté vénusienne ignore, en effet, au moment de la prise de vue que la mort court sous sa peau, puisque cette photographie fut prise quelques mois avant la soudaine disparition de l’actrice. Dans un jeu de mots subtilement annoté, Peter Beard associe le naufrage de la virginité sacrée et celui de la vanité profane : Tsavo / Starvo, confi rmant sa clameur inlassable : notre monde est en voie d’extinction.
Véritable catharsis, Heart Attack City porte en elle le cri dans le désert poussé par l’artiste par la présence des photographies des carcasses animales, mais également son quotidien merveilleusement décrit dans la fraîcheur de l’aquarelle. Autant d’instants capturés, comme autant de cris d’amour. Se dévoile dans cette œuvre la fi èvre de son rapport au temps, qui n’est pas sans évoquer le nom de sa toute première galerie : Time is Always Now.
Acquise auprès de la galerie Kamel Mennour, au soir de la grande exposition qui lui fut consacrée en 1999, cette œuvre appartient à l’une des plus belles collections privées qui soit. Immense amateur et grand humaniste, sans doute sut-il lire dans cette œuvre en la choisissant les mots de Camus : « La civilisation réside dans l’art de fi xer des limites au désir de l’homme ». Parce qu’on n’hérite pas de la terre de ses parents, on l’emprunte à nos enfants.

Peter BEARD
HEART ATTACK CITY, 1972-1999

Cette œuvre est issue d’un tirage du légendaire « diary » de Peter Beard, qu’il a imprimé sur un papier blanc de grand format. Papier richement décoré de multiples saynètes dont les couleurs pastel, enfantines, amènent un contraste saisissant par rapport aux photographies des charniers d’éléphants, présents dans cette œuvre. Peinture naïve, véritable référence à l’enfance et au paradis perdu, qui distille une grande tendresse. Ces dessins sont une évocation intime au soutien personnel qu’il apporte à Nairobi, où il a fondé une école.
Le parallélisme qui inonde cette œuvre totale réside dans la dichotomie de la vie sophistiquée et sauvage, divergence qui perdure dans le choix, intime, de son journal. Celui-ci procède de collages dont l’importance est viscérale, comme la référence à cet extrait de magazine sur la Macy’s parade, véritable jour d’action de grâce à New York, qui inonde de joie de vivre, de fun, chers au cœur de l’artiste pour qui la légèreté est un dogme.
Quant aux tirages photographiques, l’artiste met en rapport le massacre des éléphants avec la beauté féminine, véritable akmê de son Œuvre (les plus grands mannequins internationaux posant dans un primitivisme sensuel sont la marque de fabrique du photographe), que l’humanité saccage au même rythme que les ressources vitales.
L’être humain, l’animal et la plante sont les victimes de la cruauté de l’Occident, à l’image du sang versé sur cette photographie, répandu sur l’idole du XX e siècle qu’est Marilyn. La beauté du monde, qu’elle soit l’incarnation de la sensualité absolue ou bien la pureté de la faune sauvage, voit son royaume s’étioler à la mesure de la violence des hommes. La puissance de son message, politique et humaniste, est inconditionnelle dans cette œuvre. Le jour de l’exposition chez Kamel Mennour, l’artiste révéla que cette œuvre, Heart Attack City, était la quintessence de son art, la quintessence absolue de son être.
 
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